Une parole divisée en 5 personnages (le suicidé, la mère du suicidé, le frère du suicidé, le grand-père du suicidé et la mort) devient un patchwork d’indices laissé aux spectateurs pour qu’ils analysent les raisons possibles de cette auto-mise à mort. Cette parole volontairement déconstruite transforme ainsi le texte en un cluedo psychologique…
Le titre « les derniers instants d’un suicidé » ne laisse aucune place au suspens. Il va mourir parce qu’il va se suicider. C’est un fait. Mais le suspens est en réalité ailleurs : pourquoi veut-il se suicider ? Lui-même, le sait-il ? Le public devient alors, malgré lui, détective: De quoi souffre exactement ce jeune homme ?
Les mots tombent : chaque phrase est une piste possible. Ses pensées tourmentées se bousculent, et pour tenter de comprendre ce langage malade, pas d’autres moyens que d’être à l’écoute, nous, les témoins. L’enquête commence. Il va se donner la mort. Mais pourquoi ? Comment ? Y-a-t-il un ou plusieurs responsables ?
Le suicidé va alors exorciser tous ses démons intérieurs sans relâche en les projetant sur scène : Père absent, mère incestueuse, frère traître, grand-père extrémiste. Voyage au pays de la dépression…
Malgré un sujet grave (Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans en France), je n’ai pas voulu faire une pièce « à bout de souffle » mais, au contraire, qui regorge de vie. Non pas pour égayer le propos de la pièce car le propos – malgré une forme qui imite parfois faussement la comédie – reste horrible mais parce que la manière dont meurt peu à peu notre suicidé a un impact sur la construction globale du texte : Monolithique (le tombeau) et épileptique (les derniers souffles).
Au début de la pièce, la famille du suicidé parle du défunt. Or, au devant de la scène, assis sur un fauteuil (comme un condamné à mort sur une chaise électrique) il y a un homme immobile qui ne dit pas le moindre mot mais qui écoute ce que ces personnes disent de lui. S’agit-il d’un fantasme malsain de sa part ? Est-ce la réalité ? La projection d’une réalité déformée ?
Le témoignage d’un homme qui décide d’échapper subrepticement à la dictature familiale.
Le suicide. Dans toutes mes pièces, il est présent. Dans celle-ci, il domine mais ce n'est toujours pas le sujet. Le sujet, c'est la famille. Et j'avais envie de dénoncer les dangers de la cellule familiale quand celle-ci s'autorise - par des arguments qui n'en sont pas - de tuer les rêves de leurs enfants.