J’ai éprouvé le besoin viscéral d’écrire cette histoire parce que sous ses apparences – une histoire d’amour extrêmement rare – se cachent des questions qui nous concernent tous.
Je n’ai donc pas écrit cette pièce, comme on pourrait le supposer pour l’aspect choquant du sujet - la provocation ne m’intéresse pas - mais pour montrer que l’être humain, dans sa complexité, ne décide pas à l’avance qui il va aimer. Cela est une évidence mais le devient beaucoup moins lorsque les amants sont de même sexe et de même sang.
Ecrire cette histoire, c’était me permettre de plonger dans le tourment de tous ceux dont le cœur emprunte des voies que la morale réprouve. Comment le vivent-ils ?
Le désir peut être une dictature terrible par laquelle il n’y a pas d’autres choix, malgré les luttes intérieures, que de s’y soumettre. Mais… que fait-on avec un désir interdit ?
J’ai voulu faire de la scène un lieu intime qui se transforme peu à peu en salle de travail. Un peu comme si la confession tant attendue reposait sur le trajet d’une vérité en train de naître : du monde caché vers le monde visible. « Entre eux » est cette fenêtre qui s’intéresse à ce temps qui s’étire (l’accouchement) en prenant le soin de suivre simultanément les transformations de nos deux acteurs.
Car la douleur insupportable qu’éprouvent ces deux frères face à leur attirance réciproque les contraint à inventer entre eux un langage mystérieux – codé – pour permettre à leur affrontement d’exister. Leur échange devient alors un mélange absurde de fausseté et de sincérité. Très pratique pour faire dire aux autres ce qu’ils ne sont pas capable de se dire eux directement. Fantasmes et réalités s’embrassent alors laissant au passage des étincelles qui ont pour but – par survie ? – de faire exploser leur insupportable secret.
Leur dialogue est donc torturé, précisément comme le désir qu’ils éprouvent.
Mais ce langage handicapé ne demande en réalité qu’à retrouver une communication plus simple car ces deux hommes, bien entendu, rêvent de pouvoir se parler normalement.
Leurs retrouvailles en portent l’ambition et pour y parvenir, il faudra bien, à un moment donné, que les phrases électriques qui ont permis l’amorce de leur échange trouvent aussi le moyen se cesser.
C’est précisément tout l’enjeu de cette pièce.
Peuvent-il avouer l’inavouable ? Peuvent-ils vivre dans cette société ? La société peut-elle vivre avec eux?
Cette pièce est un cri de liberté qui montre combien il est difficile de vivre dans « une case » qui n’existe pas. Elle montre aussi – de par notre réaction de témoins - combien il est difficile « d’entendre et voir » une histoire qui n’est pas normale…
Première version en 1997, puis 1998, 2000, 2001, 2004, 2008, 2009, et enfin 2010. Bref, un texte que je travaille depuis longtemps (ou devrai-je plutôt dire que c'est lui qui me travaille... ) Pendant toutes ses années, un homme a suivi l'évolution de ce travail en me bousculant par des interrogations, des réflexions, parfois des silences. Je lui dois énormément. Il se reconnaîtra en lisant ces lignes.